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L'édition du 13 mai 1931 du journal local The Monitor nous permet de nous imaginer la vie de quartier à cette époque. On y retrouve un article sur le recensement en cours, où l'on s'interroge à savoir si la population du " Dominion " atteindra la barre des 10 millions cette année-là. Un formulaire d'application pour le divorce est aussi publié par un avocat qui souligne qu'un homme " appliquera auprès du Parlement du Canada concernant la loi sur le divorce ". Que se passait-il à ce même moment sur la rue Sherbrooke Ouest? Le théâtre Empress (maintenant connu sous le nom de Cinéma V) fait la promotion des pièces Girls will be boys, une comédie de Charlotte Greenwood, et Sin Takes a Holiday mettant en vedette la populaire actrice Constance Bennett. Le magasin Victor's 5 cent sis au 5662, rue Sherbrooke Ouest, annonce en grande pompe ses spéciaux d'ouverture : grille-pain électriques à 39 sous et chemises pour homme à 69 sous. Quant au fleuriste McKenna, il vous suggère de faire plaisir à votre douce moitié en lui offrant une douzaine de roses pour 1,50$. Ah! Le bon vieux temps! Il est intéressant de noter qu'il y avait autant de publicités dans le journal de 1931 qu'aujourd'hui. Parmi celles-ci on retrouvait les Booth Brothers qui, dans les années '40, décoraient un sapin de 30 pieds, soit de la hauteur de l'édifice de deux étages devant lequel il se tenait. Evelyn's Library et Evelyn's Lunch Room at Belgrave (servant des repas complets pour 35 sous) annonçaient aussi leurs offres. Dans les années '40 et '50, certains commerces au nom encore familier aujourd'hui se retrouvaient sur notre artère: le United Cigar Store, Woolworth's, Kresge's, Laura Secord et Steinberg's, qui rappelons-le était le premier magasin libre-service et aussi le premier à avoir un système de portes automatiques, ce qui était à l'époque toute une innovation. Le théâtre Empress s'est finalement transformé en cinéma où l'on pouvait, pour 75 sous, visionner deux films. L'année 2003 et un regard vers le futur…inutile de dire que les temps ont bien changé. Le théâtre Empress maintenant connu sous le nom de Cinéma V sera transformé de nouveau pour permettre d'accueillir le Centre culturel des arts de la scène. D'autres édifices restent malgré le passage des commerces. Il s'agit d'un processus de renouveau normal dans la vie d'une artère commerciale. Comptant maintenant 300 commerces entre les rues Grey et Cavendish, la rue Sherbrooke Ouest reste une artère commerciale vivante qui répond aux besoins des résidants du quartier et des alentours. Devenue une destination pour tous les gourmets, la rue Sherbrooke offre à la fois des restaurants abordables et de première classe ainsi que des commerces d'alimentation aux saveurs du monde. Des magasins offrant une grande variété d'articles (cadeaux, vêtements, livres, etc.) sauront également vous plaire! Vous n'avez qu'à consulter notre annuaire annuel, ou encore mieux venir nous visiter pour découvrir tous les trésors que la rue Sherbrooke Ouest vous offre. Necdet Kendir est le president de l'association des commerçants de la rue Sherbrooke Ouest et le propriétaire de la boutique Cartes Etc. /Chocolathé et plus, qui se situe au 5901, rue Sherbrooke Ouest. |
C 'est I'année 1948, La guerre vient tout juste de se terminer et les montréalais sont prêts a reconstruire leur vie. En cela, La rue Sherbrooke Ouest ne diffère en rien des autres. En ce moment des pâturages ouverts subsistent toujours, ne présentant qu'ici et là des traces de développements industriels. Au coin de Sherbrooke et Melrose, un adolescent, du nom de Jack, sort précipitamment du magasin de sa mère pour un rencontre avec ses amis, un groupe des garçons qui deviendront les "jeunes de Melrose". Jack habite LIa maison du coin depuis sa naissance en 1931 et il y demeurera j jusqu'à 1960 Lorsqu'il se mariera et déménagera. Cinquante ans plus tard, Jack se remémore vivement et avec nostalgie cette période lointaine, alors qu'il grandissait dans ce coin de rue. La distinction et La courtoisie d'une époque maintenant révolue demeurent fortement ancrées dans sa mémoire. Les gens se saluaient les uns les autres par leurs prénoms; les marchands, portant de longs tabliers, se rassemblaient sur les trottoirs et discutaient de leurs projets d'avenir. Malheureusement, les petites entreprises familiales n'ont pas survécu, exception faite du magasin de lampes La Contessa, qui occupe le même emplacement depuis plus de 60 ans, pas plus, d'ailleurs, que les grands commerces. La principale zone commerciale occupait le côté sud de Ia rue entre Melrose et Harvard. On y trouvait des marchands tels que United Cigar Store, Jay's Ladies Wear, Jack Evans, Woolworth, Kresge, et Laura Secord; selon Jack, "c'était très bruyant et achalandé en ce temps là. II n 'y avait pas de centres d'achats et les gens ne possédaient pas d'automobiles comme aujourd'hui". Steinberg occupait l'emplacement maintenant dévolu à Esposito. Ce magasin était particulièrement novateur pour deux raisons:
Au dire de Jack, "Tout le monde entrait et sortait par les portes a seule fin de las voir fonctionner. C'était toute une expérience". Jack se souvient d'un quartier grouillant d'enfants avec une ambiance amicale, sans criminalité, mais sans beaucoup d'emploi ou d'argent (ce qui, cependant, ne préoccupait guère La population). De retour de l'école, Jack s'arrêtait en passant a La confiserie Oscar pour se procurer des bonbons lunes de miel a deux pour un sou. Jack et ses amis jouaient au hockey ou au football (selon La saison) dans La rue, en évitant les tramways comme il n'y avait pas encore d'autobus. Même après avoir grandi et s'être trouvé du travail, Jack a continue d'habiter le même secteur. II travaillait comme placeur au théâtre Empress (maintenant Cinéma V) ou on pouvait alors regarder deux films pour 75 sous. Les fins de semaine le cinéma tenait des représentations théâtrales, ça c'est du divertissement! En haut du magasin Steinberg se trouvait le bowling Wilson où Jack travaillait comme planteur de quilles. En outre, il gagnait un peu d'argent supplémentaire en jouant du "bollo" avec deux palettes tous les samedi soirs devant Kresge. II dépensait un salaire bien merité chez Bray's Fish & Chips (maintenant NDG Antique Shop) où on enveloppait le Poisson dans du papier journal comme dans I'Angleterre traditionnelle. Durant les années 1940, pendant La saison des fêtes, le magasin Booth Brothers élevait un vrai arbre de Noël décoré de lumières qui se dressait de manière imposante a 30 pieds au-dessus du sol. Selon Jack, "il était aussi grand que les bâtiments a deux étages en arrière-plan". Cette source d'émerveillement pour le garçon reflétait le désir du marchand d'unir toute La rue dans un espoir de paix et de jours meilleurs. Les temps changent, les enfants grandissent, les commerces changent de propriétaires, mais il y a des choses qui demeurent constantes comma le sens de I'identité d'une communauté. La rue Sherbrooke Ouest était, et continue d'être, un quartier vibrant et florissant. *NOUS n'utilisons pas son nom de famille comme il a demandé |